Voyage aux villages de métier au Vietnam 63

Pour chaque partie d’un meuble, il faut un type particulier de bambou :
• pour les accoudoirs des gros fauteuils, on utilise le luông qui vient de Thanh Hôa ;
• pour les pieds de chaise, on utilise le hop âd qui vient de Lào Cai ;
• pour les dossiers de chaise, on utilise le truc (vide à l’intérieur) qui vient de Cao Bàng, ou un bambou de meilleure qualité, le tâm vông qui vient de Tây Ninh.
Le gros de l’activité s’effectue dans le cœur du village, aux abords des étangs. Le long de la rue principale, vous pourrez visiter des ateliers qui s’adonnent à la gravure sur bambou. Ils font des tableaux inspirés de l’imagerie populaire, des paysages, des lettres chinoises. Les artisans, principalement des femmes, découpent des bambous brûlés en lamelles, les assemblent, puis gravent avec une pointe un dessin dont ils évideront les contours. Ces ateliers vendent aux clients de passage certaines de leurs « œuvres » pour une bouchée de pain.
Arrivés à la première véritable intersection, tournez à gauche. Passez devant une école, où lors de notre incursion, une cartouche de bombe datant de la guerre d’Indochine était accrochée à l’arbre protecteur du lieu (elle sert sans doute de cloche)! et vous déboucherez sur le plus grand bassin du village où des centaines de grandes tiges en bambou trempent. C’est un très bel espace avec en perspective de véritables « châteaux » de bambou en train de sécher. En furetant entre le dédale des impasses et des plans d’eau vous verrez :
• Les longueurs de bambou partout, à tous les stades de leur transformation : dans les étangs, le long des ruelles, par terre, dans les cours, dans les maisons…
• • Les fours utilisés pour produire la belle finition « brûlée ». Ils sont faits d’argile et de paille, et l’on utilise uniquement de la paille comme combustible. Vous avez longtemps cru qu’il n’y a pas de fumée sans feu ; eh bien, c’est faux, et les fours de Xuân Lai sont là pour vous prouver le contraire… Une fois la paille allumée, les bambous sont laissés scellés dans le four – pendant plusieurs jours si 011 cherche à procurer des bambous d’un noir luisant – et miracle, à la sortie, ils ont pris de beaux teints sombres et lisses.
• Au nord de ce lac, sur votre gauche, se trouve un très beau nhà tbà ho appartenant à la famille Nguyên Djnh. Un pavillon sert d’espace de repos. Lors d’un de nos passages, en pleine récolte du riz, ce lieu servait d’aire de séchage aux habitants et était ouvert. Si vous voulez le visiter, il est possible de demander la clef au chef du lignage, M. Nguyên Dinh Hâu qui habite à côté. À l’intérieur, une stèle raconte l’histoire de Nguyên Qiiàn Công, mandarin de l’époque féodale. En sortant de ce lieu, vous verrez sur la droite, au bord de l’étang, un petit temple destiné au culte du génie des eaux.
• Revenez sur vos pas, jusqu’à la rue de l’école et tournez à gauche, puis tout de suite à droite. Un autre petit rniéu, construit sur un mini-plan d’eau, avec 1111 espace de repos, est accessible par un petit pont. Là encore, activité artisanale et rituel religieux sont intimement mêlés : le plan d’eau est envahi de bambous qui trempent. Mais pour que les bambous restent au fond de l’eau, on y met dessus des sacs de sable, qui, il faut l’avouer, entachent sérieusement l’esthétisme du lieu, mais servent d’espace de jeux aux enfants !
• Pour aller visiter l’autre coopérative, celle de M. Lê Van Xuyên, retournez à la rue principale, en passant devant l’école… et les souvenirs de guerre ! et tournez à gauche. Là encore vous verrez des magasins-ateliers spécialisés dans la fabrication-vente de tableaux en bambou. Au premier croisement, sur la gauche, se trouvent le dinh et la pagode du village. Ce dinh de petite taille rappelle la modestie de la richesse des villageois : le bambou rapporte peu.
• Tournez à gauche et après quelques dizaines de mètres, vous verrez sur la droite une enseigne indiquant le chemin de la coopérative de M. Lê Van Xuyên.
• Cet artisan a réussi dans un même espace à associer efficacité et esthétisme : il a conservé sa maison traditionnelle, rénovée avec goût, et construit dans le fond de sa cour et sur un étang remblayé un grand atelier. Sa maison très fraîche est transformée en petit musée de meubles « made in Xuân Lai ». Un très beau bàn (ho en bois laqué et doré, entouré de sentences parallèles en bambou brûlé, est un bel exemple de l’alliance très esthétique entre le bambou (peu cher et à profusion au Vietnam) et le bois, cette matière en voie de disparition. Dans ce salon, des objets au design moderne côtoient harmonieusement des meubles à facture plus traditionnelle. Le bambou offre une grande palette de possibilités, à la fois sur le plan technique, esthétique et utilitaire. Dans la cour, des bonsaïs et des sculptures donnent envie de rester dans ce lieu. Vous aurez, on l’espère, l’occasion de visiter son atelier où un capharnaüm de chaises et meubles de toutes tailles en pièces détachées est amoncelé. Derrière, trois bassins ont été construits pour traiter les bambous : 15 jours d’immersion dans de l’eau avec des produits chimiques suffisent pour les traiter contre six mois dans les grands bassins du village. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients selon que l’artisan a du temps et de l’espace pour faire sécher les bambous ou qu’il recherche des matières de qualité.
• L’histoire particulière de M. Xuyên, jeune entrepreneur quadragénaire, rappelle l’extrême dynamisme et l’esprit d’entreprise de ces artisans villageois qui ont su profiter de l’ouverture des marchés et des politiques incitatives du gouvernement. Car pour passer de la production locale d’échelles et de perches en bambou à une coopérative de production de meubles d’envergure nationale capable d’exporter, il faut de l’imagination, des réseaux et un sacré sang-froid, notamment dans un tel village, enclavé à plus de 60 km de Hà Nôi !
• Retournez sur vos pas, jusqu’au dinh, et tournez encore à gauche vers la sortie sud du village. Sur votre droite vous verrez un grand puits devant la maison de la culture du village. Arrivés au bout de la rue, tournez à droite et, au bout d’un kilomètre, vous retrouverez le carrefour avec ses deux bornes que vous avez croisées à l’aller. Tournez à gauche pour rejoindre la route du district.

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