Voyage aux villages de métier au Vietnam 64

LE CONTEXTE
Depuis plus d’un millénaire, peut-être depuis même deux, les habitants du delta du fleuve Rouge fabriquent du tissu et confectionnent des habits. Ils ont réussi à tisser des fibres de plantes qui poussent sous ces latitudes, comme le coton, le chanvre, le bambou et même le bananier, et la province de Hà Tây, connue depuis longtemps pour sa tradition textile, maintient cette activité dans un certain nombre de villages. Mais à partir de la découverte du secret de sa fabrication vers le VIIe ou vnT siècle, c’est la soie qui est devenue le tissu le plus réputé de ce pays. La terre fertile de la zone hors-digue du delta, constituée des alluvions renouvelées du fleuve Rouge, s’avère un terreau de prédilection pour les mûriers. Or les vers à soie, petits producteurs acharnés de fil de soie, raffolent de ces arbustes, à l’exclusion de toute autre nourriture. Il va de soi que, les producteurs de vers à soie (les sériciculteurs) et les tisserands spécialisés dans ce textile sont comme cul et chemise.
Les fondateurs du métier de la soie dans la région étaient en réalité des fondatrices. Une telle initiative était rare, voire sans précédent à une époque où les idéologies confucéenne et bouddhique dominaient la société vietnamienne. Deux célèbres artisanes natives de la province furent les sœurs Trtïng (Hai Bà Trifng), Trifng Trac et Trifng Nhi, guerrières et martyres face à l’envahisseur chinois au Ier siècle, vénérées de nos jours par les urbanistes nationalistes (essayez de trouver une ville vietnamienne sans rue Hai Bà Trifng). Mieux encore, les termes triing trac et trUng nhi signifient « première couvée » et « deuxième couvée » en jargon de sériciculteur.
Pendant les longues périodes de domination chinoise, les envahisseurs n’ont pas manqué de remarquer la prouesse locale et la soie était un choix logique lorsque ce pouvoir colonial exigeait des tributs. Un effet secondaire de cette demande chez les tisserands du peuple vassal, c’est que les techniques de tissage de soie sont devenues très élaborées et les produits très diversifiés et sophistiqués : pour certains, manifestement, la motivation avec un sabre ennemi dans le dos ça allait de soi !
Au XIe et XIIe siècles, c’est le début du régime féodal Dai Viêt; on assiste à un développement économique et une reconstruction du pays après les 1 000 ans du joug chinois. Sous la dynastie des Ly, les métiers artisanaux sont « restaurés ». Le roi Ly Thai Tông (pour une chronologie dynastique plus précise voir Itinéraire 1) a décidé de n’utiliser que les brocarts (ou soies brochées) vietnamiens. Cette exclusion de produits importés a stimulé le développement de tissage de qualité, notamment dans la province de Hà Tây.
L’ancienne province de Hà Dông, aujourd’hui Hà Tây (intégrée depuis peu dans Hà Nôi), est donc un centre traditionnel de sériciculture et de tissage de soie (on parle encore de « la soie de Hà Dông »). Tout près de Van Phuc, le premier village sur cet itinéraire, se trouve le canton de La (La signifie soie en chinois), composé de sept villages (La Phù, La Khê, La Nôi, La DifOng, La Câ, Dông La, Y La), tous autrefois – et plus qu’un seul aujourd’hui – spécialisés dans le tissage de la soie.

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