Voyage aux villages de métier au Vietnam 68

À VOIR
Il est facile de faire la visite de Van Phüc à partir de Hà Nôi et vous allez y trouver l’un des villages de métier les plus développés de ce guide, en termes touristiques. Mais ceci n’enlève en rien l’intérêt du voyage. C’est une petite communauté hors norme, depuis longtemps hautement spécialisée et prospère, contrastant avec le village lambda du delta…
Ne ratez donc pas l’occasion peu commune de butiner parmi la production artisanale dans les nombreuses boutiques destinées à la vente directe. Vous y trouverez de belles soies de couleur unie, ou des motifs tels des papillons, des phœnix, des grues, des roses, des pâquerettes, des fleurs de pêcher, etc. sur fond vert banane, rouge avec des éclats jaunes, violet ou bronze. Il y a également un nombre limité de maîtres artisans, qui perpétuent la fabrication de soieries de haute qualité, et à qui il est possible de rendre visite et d’acheter leurs produits. Sinon, comme d’habitude, nous vous invitons simplement à vous promener, l’œil attentif, à l’intérieur du village, à repérer les ateliers et à voir ce qui se fait dedans, en suivant notre carte.
La coopérative de Van Phüc se trouve sur la place à l’entrée du village. Son magasin se trouve à l’angle de la place et de la rue commerçante. On y trouve une grande variété de soierie : soie 100 %, taffetas, soie mélangée avec viscose, düi ou soie sauvage de moindre qualité. C’est le seul magasin où les prix et le pourcentage de soie naturelle sont affichés. Donc ce n’est pas la peine de sortir votre briquet pour tester la véracité du commerçant !
M. Dô Quang Hùng est un des rares producteurs de soieries véritables (100 % en fils de vers à soie). Il est le descendant d’une longue lignée de maîtres artisans. Son grand-père a participé aux foires d’exposition en France à l’époque coloniale. Son entreprise « Hùng Loan » est installée dans sa maison derrière le dinh. Il est possible de visiter son atelier et voir les différentes étapes de la production (embobinage des fils de couleurs et tissage). La teinture des fils est effectuée dans un autre atelier. Il propose de nombreux tissus très colorés aux dessins variés à des prix relativement élevés par rapport à ses collègues (environ 340 000 VND en 2008 pour un mètre de tissus multicolores). Les fils de soie sont très chers (voir p. 178), la teinture des fils est plus onéreuse que celle des tissus (les tissus mélangés sont teints une fois tissés) et le tissage des fils de qualité (il mélange jusqu’à sept bobines de couleurs différentes) est plus soigné et nécessite un artisan par machine (il faut systématiquement contrôler la largeur du tissu en mettant des baguettes en bambou et éviter les nœuds et autres défauts), contrairement aux fils synthétiques et mélangés (une personne pour trois machines). Il fait du prêt-à-porter et fabrique des cravates.
En plus des tisserands, vous allez voir quelques teinturiers au travail : les fils ou les tissus teints (on teint l’un ou l’autre, selon le genre de soie ou autre textile) font une irruption colorée dans des intérieurs plutôt ternes ou sobres. Vous pouvez visiter l’atelier de M. Minh (il habite derrière chez M. Hùng, voir carte p. 181). Il n’y a pas si longtemps, on pouvait admirer dans son jardin de longues bandes de soie multicolores en train de sécher au soleil. Mais, maintenant, faute de place, tous les teinturiers font faire cette étape de la production de façon mécanique dans deux ateliers situés en périphérie du village (voir carte). Un bémol environnemental, cependant : la teinture nécessite beaucoup d’eau, et les eaux usées polluent gravement les cours d’eau de ce village et de tous les villages producteurs de textiles. Quant aux séchoirs à vapeur, ils fonctionnent au charbon, extrêmement nocif pour l’air.
Une fois passée la superbe porte qui marque l’entrée du hameau où est localisé l’atelier de M. Minh, avancez tout droit et tournez à gauche au fond de la ruelle. Ce quartier, envahi par le staccato des métiers à tisser, est plutôt spécialisé dans la fabrication de la soie synthétique. Si vous entrez dans un atelier, en général, de petite taille mais suroccupé par les machines, vous verrez des ouvrières s’affairer autour de plusieurs machines à la lueur des néons et dans un bruit assourdissant. Continuez un peu plus loin, et sur la droite de la ruelle, se trouve un des deux ateliers spécialisés dans le séchage des tissus fraîchement teints. Vous y verrez aussi à l’œuvre les teinturiers qui travaillent de façon moins manuelle que M. Minh.

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