Voyage aux villages de métier au Vietnam 7

LE (NOUVEAU) MÉTIER
Pendant longtemps, cette activité n’était pas très lucrative : limitées par l’accès difficile (à l’époque) au bois et 1 étroitesse du marché, il a fallu de la patience et des poches profondes aux quelques familles de Dông Ky les premières reconverties dans cette nouvelle production. Un artisan raconte avoir payé très cher le droit de simplement photographier un ensemble de beaux vieux meubles français, qu’il a ensuite copiés à partir des ses photos !

Le métier commence à se développer après la fin de la Guerre américaine (1975), mais il faudra attendre la fin des années 1980 avec le Dô’i Môi (la Perestroïka vietnamienne) avant qu’il ne prenne son véritable essor. A partir de là, Dông Ky devient définitivement un centre d’activité artisanale (et un marché de bois très important), entouré de villages satellites, qui fournissent de la main d’œuvre, en partie bien qualifiée, grâce à son habileté ancestrale en menuiserie et sculpture.
La particularité et la force des patrons recyclés de Dông Ky, c’est de canaliser ces connaissances, auparavant limitées à une vocation religieuse, vers un nouvel artisanat profane, diversifié, aux débouchés multiples, voire mondiaux. Le métier s’organise, se ramifie, se spécialise : autour de Dông Ky, tout un réseau de relations et de fournisseurs de travail, de matériel et de services s’établit avec les villages voisins et d’autres, parfois beaucoup plus lointains.

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Dans la représentation graphique intitulée « Relations entre les métiers spécialisés dans les meubles en bois » (Fanchette S. et Nguyên Xuân Hoân, 2009), même si elle ressemble aux schémas de bataille napoléonienne dans les vieux livres d’histoire, on voit clairement des mouvements complexes et simultanés dans tous les sens, des rapports de force (pas militaires ici mais bien économiques) et la délicate hiérarchie d’activités et de connaissances qui se tisse autour de Dông Ky. Certains artisans des alentours travaillent dans les ateliers de ce village. La plupart d’entre eux font la navette quotidiennement, d’autres viennent de trop loin et doivent se loger dans des dortoirs, comme les incrusteurs de nacre des villages spécialisés de Hà Tây (voir Itinéraire 6, p. 235) ainsi que les ouvriers qui affluent de la province de Thai Nguyên. Beaucoup d’artisans cependant restent chez eux, travaillant en sous-traitance, prenant ainsi moins de place précieuse à Dông Ky, minimisant les frais des propriétaires de grands ateliers et très souvent faisant uniquement une partie très morcelée de la confection d’un meuble.

Vous allez voir dans les villages autour de Dông Ky des gens qui, par exemple, ne façonnent dans la vie que des pieds de chaises A la manière prônée par Adam Smith (ou F. W. Taylor), ils peuvent travailler efficacement, avec un minimum de gaspillage de temps, d’énergie et de matériaux, mais force est de constater qu’ils sont enfermés dans un rapport de dépendance avec celui qui sous-traite (sans parler des velléités du marché), duquel ils pourraient difficilement se soustraire.

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