Voyage aux villages de métier au Vietnam 72

LAPHÙ
COMMENT Y ALLER?
On aurait pu croire que les connexions entre les villages d’un même cluster auraient pu être facilitées par les échanges nombreux, et bien non. A l’époque où lesdits échanges existaient, les routes étaient rares, les relations s’effectuaient via les rivières, canaux et autres voies fluviales. Pour aller de La Khê à La Phù, pourtant distants à vol d’oiseau de trois kilomètres, il faut faire un grand détour par Van Phüc. Il n’y a pas de route carrossable entre La Khê et La Phù.
Il vous faut donc repasser par la route qui mène à Van Phüc. Continuer tout droit, mais l’état de la route se détériore. Traversez le village de Dai Mo, puis La DiïOng. Quand vous aurez passé une voie ferrée vous saurez que 500 m plus loin, vous devrez tourner à gauche. Vous pouvez vérifier le nom des communes dans lesquelles vous passez en lisant les enseignes des magasins.
UNE HISTOIRE EN LA
La Phù est un ancien village de la soie de l’époque impériale, dans l’ancienne grosse grappe de villages des alentours de Van Phüc. II est aujourd’hui spécialisé dans les textiles tricotés et, secondairement, les confiseries. Il compte également un grand marché.
C’est un gros village densément peuplé (plus de 11 000 habitants), qui attire en plus une multitude d’ouvriers et d’artisans des alentours pour travailler dans ses ateliers de tricotage. Presque tous les matins et après-midi, les chemins de La Phù sont passablement saturés de voitures, motos et vélos. Les gens des villages voisins se ruent vers La Phù pour livrer des pièces de tricot, pour recevoir des matières premières ou pour travailler.
La superficie du village est limitée et les villageois manquent de place pour construire leurs ateliers. Il n’y a plus de plans d’eau car on a comblé toutes les mares afin d’étendre l’espace de production, mais les maisons sont même trop étroites pour installer des machines à tricoter. L’espace résidentiel est partout envahi par des ballots de tricots en pièces détachées.
De la soie aux tricots, aux bonbons bon marché et au bon marché (pas cher du tout)
La Phù fait partie des villages autour de Van Phüc où, comme à La Khê, le métier de la soie n’a pas survécu à l’époque collectiviste. En 1959, une coopérative artisanale a été créée. On y tissait des serviettes, des vêtements en laine, des chaussettes et des tapis. Au début, les ouvriers travaillaient à la coopérative. Puis l’Etat a donné les plans de production et permis aux artisans d’apporter les machines chez eux pour y tisser et faire participer les autres membres de la famille.
A côté des activités de tissage, les foyers de La Phù fabriquaient des nouilles, des vermicelles, du malt, des bonbons, de l’alcool, de l’amidon et faisaient du petit commerce. Les artisans de la commune de Cât Que (voir Itinéraire 9, p. 294) vendaient la farine de manioc avec laquelle les artisans de La Phù fabriquaient du maltose pour faire des biscuits.
Depuis le Doi MÔi, le tricotage de fils de laine synthétique s’est rapidement développé à La Phù et les artisans ont abandonné la production de maltose (ils ne font plus que des bonbons et des biscuits ; c’est à Difdng Lieu et Cât Qiaé que l’on produit le maltose).
A partir des années 1990, les artisans de La Phù ont commencé à acheter des machines originaires du sud du pays et ils se sont mis à leur compte. Ils ont dû chercher eux-mêmes des débouchés : en 1992-1993, on commence à exporter vers la Russie, l’Allemagne de l’Est et l’Ukraine. Ces marchés découlent des anciennes relations commerciales que les coopératives avaient avec les pays de l’Est à l’époque collectiviste.
Ils ont aussi réussi à percer de nouveaux marchés. Depuis quelque temps, ils exportent vers les Etats-Unis. En hiver, les ateliers de La Phù fabriquent des vêtements en laine de qualité très moyenne pour le marché intérieur du nord du Vietnam, où le froid hivernal peut sévir.
Les entrepreneurs les plus dynamiques et ayant les moyens pour investir dans des machines (en général d’anciens commerçants ou des membres de la famille des personnels de direction de l’ancienne coopérative) ont abandonné la fabrication des produits alimentaires pour celle des textiles, plus lucrative. Plusieurs entrepreneurs pratiquaient le commerce des textiles avec le sud du pays avant de se lancer dans la fabrication. C’est ainsi qu’ils ont été en relation avec des producteurs de tissus et ont pu acheter des machines.
Dans un contexte où les entreprises étatiques étaient encore très présentes, il n’était pas facile de percer dans ce milieu. Les entrepreneurs diversifient leur production de textiles afin d’éviter la concurrence très forte sur certains produits. Ils associent le commerce des fils ou des produits finis avec la fabrication mécanisée de textiles. La difficulté repose sur le fait que dès qu’ils changent de produits, ils doivent changer de machines, au coût très élevé. Ceux qui ont des contacts avec des intermédiaires du Sud peuvent innover plus facilement et se lancer dans la fabrication de textiles moins courants, tels les T-shirts (seules trois entreprises en fabriquent dans le village actuellement).
Activité frénétique : la folle effervescence de La Phù
La Phù est l’exemple type du village qui s’est industrialisé avec l’ouverture du marché. Avec des recettes annuelles de 221 milliards de VND en 2001, dont 140 milliards grâce à l’exportation, La Phù fait partie des villages ayant le plus fort volume d’exportation de la province de Hà Tây. Le village a reçu la Médaille du Travail industriel le plus performant, de la part du secrétaire du Parti communiste.
Il y a assez de puissance électrique dans la commune pour pouvoir faire marcher toutes les machines. Ce n’est pas le cas dans d’autres villages de métier hautement industrialisés (voir Itinéraire 1, p. 83). Ici, les foyers se sont cotisés pour construire une station de transformation.
Le tissage et tricotage brut concernent 1 000 foyers. Pour faire la dernière étape des vêtements, il faut de la technique et des savoir-faire ; ces connaissances spécialisées sont l’apanage d’un cercle restreint d’entreprises. Il reste un certain nombre d’ateliers de teinture de fils dans le village, mais plusieurs ont déjà été chassés, à cause des émanations désagréables et sans doute nuisibles pour la santé.
70 % de la main-d’œuvre venue de l’extérieur est originaire d’autres villages de la province de Hà Tây. Il y aurait 7 000 à 8 000 personnes de l’extérieur de la commune qui travaillent pour les entreprises de La Phù. Ces gens doivent trouver à se loger sur place, mais c’est la place qui manque, justement. Un immeuble vide de l’armée sert à abriter beaucoup d’ouvriers. D’autres se trouvent des lits dans les communes voisines.
Il y a une véritable division du travail au sein de la commune et des communes voisines. Certains foyers font davantage des lainages, d’autres des chaussettes, d’autres encore tissent des tissus pour la fabrication de T-shirts. 600 machines à faire des chaussettes ont été recensées dans le village. La production de chaussettes semble pourtant être actuellement en déclin. Mais la prochaine fois que le monde aura froid aux pieds, La Phù sera prêt ! Ces productions principales ont généré d’autres activités en périphérie, également dans des foyers spécialisés :
• la production et le commerce du papier d’emballage ;
• le commerce des fils de laine chinois : dans les mains des grandes compagnies importatrices ;
• l’impression de fleurs sur tissu ;
• la teinture des fils ;
• la couture ;
• la fabrication de sacs en plastique.
Le centre névralgique de La Phù, c’est son grand marché, collé au dinh. Nous vous invitons à suivre notre parcours proposé afin de voir quelques éléments du patrimoine architectural (pas particulièrement mis en valeur), tout en humant pleinement l’ambiance inimitable de ce village tout en mouvement.

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