Voyage aux villages de métier au Vietnam 77

La laque et lau beaux-arts

On a fait des tableaux laqués depuis des siècles au Vietnam, des scènes plutôt agrestes ou purement décoratives. L’utilisation de la laque dans la peinture a reçu une impulsion importante dans les années 1920 et 1930 au contact de l’art occidental, introduit à l’époque coloniale française avec la fondation à Hà Nôi de l’École des beaux-arts de l’Indochine en 1925. (Principalement grâce à Victor Tardieu, un artiste français, passionné du Vietnam, dont une fresque célèbre trône encore dans l’amphithéâtre de l’actuelle Université nationale (anciennement l’université d’Indochine), 19 rue Lê Thânh Tông à Hà Nôi).

Un art moderne, exprimé en partie par le médium de la laque, a vu le jour : tout en faisant des expériences techniques avec des couches superposées de couleurs différentes, ensuite poncées et retravaillées, avec ajouts de feuilles d’or et d’argent et incrustations diverses, une nouvelle esthétique s’est dégagée de la laque.

L’école des laqueurs de Hà Nôi est née, avec plusieurs étudiants des beaux-arts qui sont devenus des laqueurs renommés. Depuis ses débuts, la laque artistique a pris un essor remarquable : certains peintres vietnamiens travaillant la laque ont vendu leurs tableaux (ainsi que des oeuvres sur d’autres supports) sur le marché mondial de l’art et d’autres leur ont succédé, tandis que des peintres et décorateurs étrangers commencent à affluer au Vietnam afin d’apprendre les techniques de ce médium d’expression artistique.

Hüu Ngoc (2006), chroniqueur réputé de la culture vietnamienne, a écrit ces lignes intéressantes au sujet de ce courant artistique :

« La laque vietnamienne moderne, partie d’une tradition plurimillénaire et du fruit de plusieurs acculturations [notamment chinoises, françaises et japonaises], pourrait donner un exemple de fidélité à 1 ’identité culturelle nationale, fidélité si on peut dire dynamique et évolutive. Un moyen d’apprécier la qualité de ladite identité culturelle serait peut-être de ressentir la force tranquille, à l’épreuve de toute tergiversation morale ou dissonance cognitive, d’une éthique d’appartenance exprimée comme une “fidélité dynamique et évolutive ”… »

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