Voyage aux villages de métier au Vietnam 86

DÜ DU

COMMENT Y ALLER ?

Pour se rendre à Du Du (commune de Thanh Thùy, district Thanh Oai), le dernier village de métier sur cet itinéraire, quitter Thuy Ung par la route vers le sud (vous serez entré par le nord), qui rejoint la petite route reliant Dif Du à la Nationale 1 A. Au carrefour, tourner à droite et continuer pendant 2,2 km vers le bord de la rivière Nhuê.

LE CONTEXTE

Lorsque l’on arrive dans le village, on voit sur la gauche de nombreux ateliers-magasins spécialisés dans la fabrication des bouddhas heureux au ventre replet, des phœnix qui s’envolent, des génies grimaçants, des saints chinois austères et quelques petits cochons replets. Ces ateliers se sont récemment installés le long de la route.

Il faut entrer dans le village par la première ruelle à gauche, pour mieux apprécier la beauté de ce village aux maisons anciennes, avec des inscriptions en lettres chinoises, lovées le long d’un labyrinthe de petites ruelles dallées de briques. Ici, le calme n’est brisé que par le cliquetis des couteaux à bois des sculpteurs.

LE MÉTIER

Traditionnellement, Dif Du est spécialisé dans les objets sculptés en bois, corne et ivoire pour les rituels religieux, notamment les bouddhas et les quatre animaux sacrés (le dragon, l’aigle, le lion et la tortue). Depuis les années I960, les artisans ont assimilé les techniques de sculpture japonaise et taiwanaise.

Un marché du bois se tient dans le village trois ou quatre fois par mois en fonction des besoins des artisans. Selon les commandes, on utilise des bois de qualités différentes. Le pô mu et le cil, des bois de qualité moyenne, proviennent du Vietnam ; on s’en sert surtout pour le marché domestique, pour faire les marionnettes ou les statues laquées. Pour le marché international, on utilise plutôt le bois importé du Laos comme le trac ou le bât xanh.

Les artisans racontent que chaque statue, chaque bouddha, chaque saint sculpté a son histoire (voir encadré sur la sculpture des statues sacrée p. 215). Il existe un répertoire des types de bouddhas que les artisans exécutent. Celui qui porte un sac est un symbole de richesse ; c’est un modèle particulièrement convoité ces temps-ci. Les clients viennent de Chine, Corée ou de Taïwan. Certains, comme les Coréens, se déplacent jusqu’au village pour contrôler l’avancement de leur commande : on ne rigole pas avec la richesse tant attendue. D’autres laissent le soin à des intermédiaires de faire le travail.

On dit à Dif Du qu’autrefois de nombreux artisans sont partis à Hué pour aller sculpter des bouddhas de pagode (sans doute à l’époque où le roi réquisitionnait d’office les artisans les plus talentueux pour ses propres besoins). Certains y sont restés et ont créé un autre village de sculpteurs, appelé Làng Tüc (l’ancien nom de Dif Du). Aujourd’hui, il ne reste à Dif Du qu’une dizaine d’artisans-sculpteurs spécialisés dans les bouddhas, les statues de saints et les diverses gammes de statues (marionnettes sur l’eau, cochons et animaux mythiques – les 12 animaux du calendrier lunaire). Les autres ont abandonné ce métier pour s’adonner à la fabrication de nattes en perles de bois et les sièges de voiture en billes de bois (comme on en fait à Nhj Khê).

Le marché de la sculpture rituelle, malgré ses extensions asiatiques (Chine, Taïwan…), ne rapporte pas beaucoup et n’est pas à la portée de toutes les bourses : un bouddha de 60 cm de hauteur, en bois de qualité comme le trâc (l’acajou importé du Laos), se vend environ 1,6 à 3 millions de VND. Ces mêmes statues sont revendues le double, voire le triple dans les magasins à Hà Nôi. Ce sont les commerçants qui se font du profit relativement facile sur le dos des sculpteurs.

Les ateliers qui font dans les nattes en bois (pour poser sur un lit) et les sièges de voitures en billes de bois ont un marché croissant : il suffit d’observer la nouvelle classe moyenne qui déambule en voiture dans la capitale et qui jouit d’une vie moins laborieuse qu’auparavant. Il y a un marché sûr et le bois de mauvaise qualité se trouve au Vietnam, donc il n’y a pas de problème d’approvisionnement. Autre mobile du changement d’activité : la sculpture demande des techniques que peu d’artisans ont. Faire des nattes à la chaîne est à la portée de tout le monde.

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