Voyage aux villages de métier au Vietnam 87

Divines idoles

Une partie importante du patrimoine sacré vietnamien est composée de statues destinées à la vénération, éléments importants dans des rites, notamment bouddhiques et syncrétiques (culte de la Déesse Mère, etc.). Ces statues sont le fruit d’un travail complémentaire entre les sculpteurs et les laqueurs (inutile de vous rappeler la proximité symbiotique de Du Du, Nhi Khê et de Ha Thâi, entre autres villages concernés).

Le voyageur en Asie est probablement déjà familier avec les rapports étroits entre les adeptes (bouddhistes, hindous, etc.) et les statues sacrées érigées dans leurs temples. Ces effigies sont souvent lavées ou même baignées, habillées dans des vêtements fins, soigneusement retouchées (cela s’appelle tô titçfngau Vietnam), et font l’objet d’autres rites spéciaux. On les touche, leur colle des feuilles d’or et d’argent partout, leur porte maintes offrandes (argent, fruits, même bière et cigarettes au Vietnam), des messages personnalisés, et l’on s’adresse directement à elles, implorant leur intervention dans divers domaines de la vie humaine.

À prime abord, les statues vietnamiennes sont généralement de facture assez simple, sans beaucoup de détail ou d’individualisation (à quelques exceptions notables près : voir des exemples à la pagode de But Thâp, Itinéraire 3, p. 148), mais l ’observateur qui s’y attarde distinguera des différences subtiles et même des personnalités assez prononcées chez certaines figures sculptées. Dans la pénombre tamisée d’une pagode ou d’un temple, une statue prend doucement la patine des siècles et se revêt d’un air de mystère, comme si une âme s’était installée en elle…

Traditionnellement, les artisans considéraient la sculpture de ces objets destinés à la vénération comme un grand honneur et une tâche sacrée. Ils se préparaient soigneusement dans l’ascèse, observant un régime strictement végétarien et formulant des prières à Bouddha pendant plusieurs jours avant le début du travail. Une fois les statues sculptées et laquées, des cérémonies étaient organisées afin d’inviter des dieux à y entrer et s’y incarner.

AVOIR         .

Il est très facile de visiter les ateliers des sculpteurs, et la possibilité de vendre une marionnette sur l’eau en forme de buffle, un cochon à la queue en tire-bouchon ou un bouddha quelconque rend les artisans facilement accueillants.

A l’angle de la route et de la première venelle sur la gauche se trouve l’atelier de M. Nguyên Van Huy, jeune sculpteur de marionnettes sur l’eau qui travaillait autrefois au théâtre de Hà Nôi. Il est revenu dans son village voilà dix ans déjà. Il continue à avoir des relations avec son ancien employeur qui lui commande des marionnettes : buffles, princesses, danseuses… qu’il fabrique en série. Il fait travailler sept ou huit personnes qu’il a formées ou qui étaient déjà spécialisées dans la sculpture. Ensemble ils fabriquent des personnages mythiques chinois, des bouddhas ventrus ou austères, divers animaux sacrés et mythiques – et même des licornes à corne en corne !

Il y a un très joli petit dinh à Dii Du, ouvert sur la rivière Nhuê envahie par les jacinthes d’eau. Il se trouve à l’ouest du village le long de la route à droite. On peut aisément s’y reposer en regardant des jacinthes d’eau flotter au vent.

Le 4e jour du 5e mois lunaire se tient ici un festival en l’honneur de Lô Ban, l’ancêtre du métier. Au fond du dinh, il y a une statue le représentant dans une pièce isolée du regard des non-initiés. Si vous voulez faire une offrande à la statue (quelques milliers de VND suffisent), il faut la transmettre au gardien du dinh qui, vêtu d’habits sacrés (il se cache aussi le bas du visage), la déposera à votre place. Il y aura sans doute un coup de clochette, quelques instants de recueillement en prière – peut-être même un petit coup de rüoü (alcool de riz) en cachette -, puis vous le verrez réapparaître… Il y a également un petit miëu près du dinh où l’on voue un culte au génie tutélaire du village.

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