Voyage aux villages de métier au Vietnam 88

LA PAGODE DÂU
Dernière escale importante sur cet itinéraire à 24 kilomètres de Hà Nôi, c’est Chùa Dâu (la pagode Dâu, commune de Nguyên Trâi, district de Thtfông Tin). A partir de Du Du, il faut reprendre la petite route à l’est vers la Nationale 1A, dépassant la route qui remonte vers Thuy Ung, et à un kilomètre et demi environ, tourner à droite et suivre ce chemin (qui après un kilomètre longe la rivière Nhuê) vers le sud et jusqu’au bout, au fond du hameau Gia Phüc.
Cette pagode (Thành Dao de son nom officiel, et elle a plusieurs autres appellations populaires), probablement l’une des plus anciennes du pays, fut construite au bord de la rivière, selon la légende populaire, par un gouverneur chinois, Si Nhiép, vers le IIIe siècle. (Il faut dire cependant que cette version est contestée par une stèle qui place l’érection de la pagode à l’époque des rois Ly, aux xic-xne siècles). Elle est dédiée à Phâp Vü, déesse de la pluie. Ce fut un haut lieu historique du bouddhisme zen (thiê’n) au Vietnam, importé de la Chine et répandu dans le delta dès le Xe siècle.
Précisons que seul parmi les pays de l’Asie du Sud-Est, sous l’influence chinoise, le Vietnam a embarqué plutôt dans le « Grand Véhicule » du bouddhisme Mahayana, dont le zen constitue une école importante. (Quoi qu’il en soit, tout bouddhisme au Vietnam aujourd’hui se retrouve grandement dilué dans un syncrétisme de doctrines religieuses (et politiques) très englobant : ne mentionnons ici que le culte des ancêtres, des génies tutélaires et des héros historiques, le confucianisme, le taoïsme, le catholicisme…).
La beauté de ce site charma le roi Lê Thânh Tông (xvile siècle), qui lui donna le titre de « Premier site pittoresque du pays d’Annam » (- c’était avant l’époque du ministère du Tourisme). A l’origine, cette pagode était réservée exclusivement aux rois (et quelques seigneurs) et n’était ouverte à la populace que durant trois courtes journées de fêtes annuelles.
Parmi les trésors de la pagode est un livre en bronze (seulement une dizaine de pages, mais en bronze quand même !) qui remonterait à la première époque de la pagode, celle de Si Nhiép. Ce précieux livre relate l’histoire de la construction de la pagode et de l’introduction du bouddhisme au Vietnam, entre les Ier et 11e siècles. (Tous ces faits et dates sont contestables et sont d’ailleurs contestés, mais voilà qui confère une riche polyphonie et parfois des allures de contes oraux protéiformes à l’histoire en général – et à l’histoire vietnamienne en particulier).
L’entrée par la rivière se fait par un beau portique composé de trois portes : celle du milieu est surhaussée d’une tour de clocher à deux étages, haute de huit mètres et coiffée de deux toits à quatre pentes chacun abritant une cloche fondue en 1801. Sur les côtés, elle est flanquée de deux portails simples. Cette tour de clocher s’ouvre sur une cour où se dresse un grand banian avec un tronc énorme, qui vous offrira un ombrage bienvenu par temps chaud.
Le sanctuaire de la pagode est formé de trois salles juxtaposées : le Hall des Cérémonies ( Tien Dtidng) où se réunissent les fidèles, la Salle des Brûle-parfums (Thiêu Hüdng) et le Sanctuaire Supérieur {ThUçfng Diên) où sont disposées des statues du panthéon bouddhique.
Les allées situées des deux côtés du Hall des Cérémonies abritent des statues d’arhats {La hdn), des « saints », qui ont déposé le fardeau de la vie terrestre et qui sont « affranchis de toutes les fermentations de la souillure profanatoire », selon les adeptes ; on conviendrait volontiers en tout cas qu’ils ont l’air bien zens. Dans un registre plus relié à la vie terrestre, on y trouve également cinq stèles en pierre, dont une où est inscrit le nombre de parcelles de rizières appartenant à la pagode.
La salle des Brûle-parfums est située au milieu de la cour. A l’intérieur, vous pouvez admirer deux statues en bronze : un bouddha debout sur une fleur de lotus et Phâp Vü, la déesse de la pluie, en position assise.
La Salle des Patriarches (Nhà To) est réservée au culte des bonzes ayant vécu dans la pagode. Sur les autels, des statues les représentent. Parmi celles-ci on peut voir les clous du spectacle de la pagode Dâu : ce seraient les momies laquées (ou est-ce seulement des copies des momies laquées ?) de deux bonzes du XVIIe siècle, appelés Dao Chân (Vù Khac Minh de son vrai nom) et son neveu Dao Tâm (Vù Khac Trüông) (voir encadré p. 219).

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