Voyage aux villages de métier au Vietnam 90

LE TEMPLE DAI LO
Avant d’admirer l’artisanat sur cct itinéraire, nous commencerons par les temples. Le premier, Dén Dai Lô, (village de Dai Lô, commune de Ninh Sô, district de ThiïdngTm) est dédié au culte des Saintes Mères, afin d’assurer la protection des embarcations des commerçants sur le fleuve Rouge.
COMMENT Y ALLER ?
Prenez le même chemin que pour aller à Ha Thai (Itinéraire 5, p. 195). Mais une fois passé sous le pont de l’autoroute, on continue tout droit (en fait un petit droite-gauche sinueux) vers l’est. C’est une petite route goudronnée que l’on suit sur deux kilomètres environ jusqu’au village de Bang Sô. Une fois ce village traversé, prenez à gauche et tout de suite à droite. On arrive face à la digue. Montez sur la digue par un chemin qui part sur la gauche. Tournez à gauche et pendant 2 km, vous admirez de ce promontoire la zone hors-digue et au loin, sur la droite, le fleuve Rouge. Sur la gauche, les villages sont densément ramassés sur eux-mêmes à l’abri des inondations.
Au bout de deux kilomètres, un panneau sur la droite indique le temple (Dê’n Dai Lô) dans la zone hors-digue. Descendez de la digue et prenez un chemin sur la gauche pendant environ 200 m ; un autre panneau indique Dê’n Dai Lô. (Afin d’éviter les confusions éventuelles, sachez qu’il y a également une pagode et un autre temple dans le village de Dai Lô …) !
LE CONTEXTE
Le temple de Dai Lô fut construit à la fin de la dynastie des Tràn (apparemment en 1280) et a été restauré plusieurs fois, en 1925, puis en 2003, grâce aux cotisations des villageois. Il a pu être bien conservé et a gardé son architecture d’origine. On y trouve beaucoup d’objets d’époque (statues, cloches, décorations…).
Selon la légende, lors de l’occupation du royaume des Song par les Mongols, la famille royale se donna la mort en se jetant à la mer (sans doute afin d’éviter le pire) ; seuls les corps de quatre femmes, emportés par le courant vers les côtes du Sud, furent repêchés. On les nomma les « Saintes Mères » et l’on érigea un temple consacré à leur culte car, croyait-on, elles protégeaient les embarcations des commerçants. On trouve d’autres temples voués à leur culte sur les rives du fleuve Rouge. On vénère également au temple Dai Lô d’autres déesses reliées à des croyances indigènes, comme la Dame Liëu Hanh.
Ce temple des Saintes Mères est intimement relié au fleuve Rouge et il est localisé à sa proximité : des touristes vietnamiens et étrangers s’y rendent régulièrement en bateau. Il s’agit de tours sur le fleuve qui vont au village de potiers de Bât Tràng (voir Itinéraire 2, p. 111) puis s’arrêtent devant plusieurs pagodes… « fluviales ».
A VOIR
On y dépose beaucoup d’offrandes, assez hétéroclites et symptomatiques des changements de mentalité et surtout de la jeunesse des suppliants. On remarque des montagnes de Coca Light sur des plateaux, des piles de pots de soupes de nouilles instantanées, et bien sûr, de la part des plus traditionnels : poulets déplumés et dorés, fruits, sucreries, bouteilles de vin de Dà Lat (le Beaujolais des hauts plateaux du Centre)… Le tout coloré par des objets votifs de grande taille en papier : chevaux rouges, jaunes et verts, mandarins perchés solennellement sur leur trône.
Ce temple est très fréquenté par des Vietnamiens de toutes origines, car il a la réputation d’exaucer beaucoup de vœux qu’on y formule… Les marchands viennent ici pour la bonne marche de leur commerce, les étudiants pour réussir leurs examens. On voit quantité de demoiselles en jean serré, perchées sur des hauts talons qui, une fois garée leur moto dernier cri, légèrement empoussiérée par le chemin de Hà Nôi, se perdent dans la ferveur spirituelle du lieu.
Vous allez probablement voir des bonzes au temple, mais en fait ce sont des thây cüng, sortes de prêtres plus ou moins animistes (différents des bonzes des pagodes). Ils font des prières spéciales pour les fidèles, qui les rémunèrent. Le village a son propre thay cüng, mais les fidèles peuvent choisir d’amener le leur. C ’est un lieu très taoïste.

Les thây cûng accompagnent leurs prières en faisant des percussions sur des mô (blocs en bois sonores en forme de dragon, poisson ou grenouille : voir encadré intitulé « Xylophonie sacrée et profane », p. 205). Ces mô font un genre de « gloc… gloc… » monotone et enivrant sans doute destiné à apaiser les mannes des ancêtres.
Beaucoup de dinh, pagodes et temples ont été détruits au cours de la guerre d’indépendance contre les Français ou pendant la « révolution culturelle », le nouveau régime communiste menant sa propre guerre contre les « pollutions de l’esprit » qu’étaient les religions. Dén Dai Lô est resté relativement indemne, même pendant la guerre américaine, quand le village a été durement touché par les bombardements. Pendant la période de la guerre, puis à l’époque collectiviste, les monuments religieux n’ont pas été beaucoup fréquentés. Le dén a servi de bureaux administratifs et l’on y réparait les bateaux qui sillonnaient le Fleuve. Ce n’est que depuis le Doi MÔi que les gens réinvestissent ces lieux.
Un festival de taille importante se tient au temple pendant une dizaine de jours du Ie au 10e jour du 2e mois lunaire (avec un pic d’activité le 4eet 5e jours). Ce festival est également l’occasion d’assister à une pratique très intéressante : les séances dé lên ctông, ou la prise de possession d’un médium par des esprits (voir encadré sur le lên dong, p.223).
Des milliers de gens convergent de tout le pays au festival et les pèlerins garent motos et voitures jusqu’à la digue.
En général, une fois par mois, une grande cérémonie a lieu au temple.

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