Voyage aux villages de métier au Vietnam 94

Pêcheur épargné par noyade de poisson dans sables émouvants
Il était une fois, à la fin de la dynastie semi-mythique des rois Hùng (il y en aurait eu 18, tous avant l’ère chrétienne et qui auraient régné – en moyenne – 146 ans chacun) un pêcheur et son fils Chü Dông Tü qui vivaient au village de Chù Xa sur la rive gauche du fleuve Rouge. Ces pauvres hères fluviaux n’avaient à eux deux qu’un seul pagne, que portait tour à tour celui qui allait vendre le poisson au marché. Moribond, le père pria son fils de conserver ce sarong loqueteux, mais celui-ci, d’une grande piété filiale, fit de ces oripeaux polyvalents un linceul pour son père défunt. Par la suite, Chü Dông Tû restait jusqu’au crépuscule à moitié immergé dans l’eau du fleuve pour habiller sa nudité. Il ne sortait que lorsque, drapé d’ombres, il allait se reposer pour la nuit parmi les roseaux.
Un beau jour, tandis qu’il péchait, il remarqua descendant le fleuve Rouge une flottille d’embarcations richement appareillées d’où émanait de la musique. Il s’enfuit précipitamment sur la grève et s’enfouit sous le sable. Il s’agissait de la flottille de la princesse Tien Dung, fille du Roi (Hùng Vu’o’ng XVIII, selon les annales). Cette jeune femme, charmée par l’endroit, donna l’ordre d’amarrer son bateau pour qu elle pût se baigner.
Ses servantes dressèrent une sorte de cabine de douche à ciel ouvert sur la berge et lui cherchèrent de l eau. La princesse se déshabilla et se mit à se laver, en chantonnant. Mais l’eau de ses ablutions intimes, entraînant le sable de la berge, découvrit Chü Dông Tu qui s’y était dissimulé comme une anguille dans la vase. La surprise de la princesse virginale fut entière, tout comme la confusion du jeune pêcheur naturiste. Craignant pour sa vie, il la pria de lui pardonner et lui raconta sa triste petite histoire. Touchée par son récit, Tiên Dung lui répondit : « Je m’étais jurée de ne jamais me marier, mais notre rencontre démontre que la volonté du Ciel est autre et c’est donc notre devoir d’obéir ». Le roi, son père, apprenant son intempestive acquisition d’un gendre roturier et poissonneux, se fâcha et refusa de revoir sa fille. Les jeunes mariés se résignèrent à faire leur vie dans cette contrée reculée.
Chü Dông Tu’, voulant entretenir sa femme de manière plus digne en raison de ses origines nobles, partit voyager afin de faire du commerce. Sur la route, il croisa le jeune bonze Pliât Quang (« Lumière du Bouddha »). Celui-ci lui apprit la doctrine bouddhique. Un an plus tard, le bonze présenta un chapeau en latanier et un bâton à son disciple. De retour auprès de son épouse, Chü Dông Tü lui transmit les enseignements du Bouddha. Ils partirent ensemble, à la recherche de la Voie.
Rentrant un soir vers leur demeure et surpris par la nuit, ils bivouaquèrent sur la plaine alluviale Tu’ Nhiên (à côté justement du futur site du petit temple qui leur sera dédié). Avant de se coucher, Chü Dông Tü planta le bâton du bonze dans le sable et le coiffa du chapeau. Au réveil, les époux se trouvèrent entourés d’une ville entière, remplie de bâtiments et de gens, apparus miraculeusement pendant la nuit (une autre version de l’histoire les décrit entourés d’un palais d’émeraude et de jade, rempli de serviteurs et de soldats). Rapidement mis au courant de ces événements extraordinaires et craignant l’insurrection, le roi dépêcha une armée contre sa fille et son gendre. Mais aussitôt se déchaîna une tempête céleste, faisant disparaître ville/palais, habitants, pêcheur et princesse, ne laissant derrière qu’un marais, appelé « Marais d’une nuit ». Le culte du couple Chü Dông Tü et Tiên Dung est encore célébré à plusieurs endroits dans la région, des deux côtés du Fleuve, selon une version ou une autre de cette légende.

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