Voyage aux villages de métier au Vietnam 95

QUẤT ĐỘNG
COMMENT Y ALLER ?
En quittant le ctinh, prenez à gauche en direction du sud. Une route sur la droite permet de remonter sur la route de la digue par laquelle vous êtes venus. Tournez à droite sur la digue, puis tout de suite à gauche, plein ouest, vers la route nationale 1A. Traversez le village de Vïnh Lôc de la commune de Thiï Phù et au bout de six kilomètres, vous êtes au chef-lieu du district de Thiïông Tin.
Arrivé à la nationale 1 A, tournez à gauche. Au bout de trois kilomètres environ, au km 21 (une borne mentionne la distance de Hà Nôi), il y a une pancarte (pas très visible, il faut l’avouer) sur le côté gauche de la route qui indique Quat Dông. Prendre donc la petite route sur la gauche pendant 500 m pour arriver dans ce joli petit village d’environ 2 000 habitants, où presque 100 % des foyers sont impliqués dans la broderie.
LE CONTEXTE
Quand vous rentrez dans ce village discret, d’où sont absentes les piles de matières premières encombrant l’espace public de nombre d’autres villages de métier, vous pourriez un moment vous demander si vous êtes au bon endroit. Seuls les écheveaux de fils à broder, fraîchement teints et en train de sécher le long de la route nationale (à la hauteur du village de Nguyën Bi) témoignent au visiteur qu’une activité artisanale existe dans les parages.
C’est en flânant dans les rues, regardant (poliment !) à travers des fenêtres et par les portes et explorant parmi les courées villageoises (versions tonkinoises) que vous allez trouver beaucoup de gens tranquillement occupés à broder à l’intérieur. Il y a une saveur du Moyen Age européen à cette communauté de travail lent, manuel et collectif, qui confère une ambiance très particulière et agréablement apaisante à ce village.
POURQUOI FAIT-ON AUTANT DE BRODERIE À QuÂT DÔNG ET AUX ALENTOURS
(En effet, il y a une bonne vingtaine de villages groupés autour du village-mère qui font de la broderie ou de la dentelle depuis plus de 100 ans). La raison essentielle, c’est que la main-d’œuvre villageoise est sous-employée dans l’agriculture. Comme chez beaucoup de communautés de la province de Hà Tây, qui est une région très densément peuplée (et comme dans beaucoup de villages de métier), les villageois de Quat Dông possèdent peu de terre cultivable, en moyenne 1,3 sào par cultivateur. La moyenne dans le delta, c’est cinq fois plus. Ajoutons qu’un sào représente 360 m2 dans le nord du Vietnam (contre 500 nr dans le sud !), une surface qui peut produire approximativement 180 kg de riz par an.
Comme la vannerie de bambou (voir Itinéraire 8, p. 274) par exemple, la broderie est dans l’ensemble une activité mal payée pour des artisans peu formés qui ne font qu’exécuter les commandes (majoritairement pour l’exportation) que leur sous-traitent de grands patrons (certains patrons font travailler en sous-traitance plus d’une centaine d’artisans à Quat Dông). Ces artisans vendent essentiellement leur force de travail, mais ils n’ont pas besoin de machinerie spécialisée ou dispendieuse, peuvent facilement alterner cette activité avec de menues taches agricoles et contribuent grandement ainsi à rehausser le niveau de vie de leur foyer (40 % des revenus villageois).
Remontons désormais l’histoire de la broderie vietnamienne… Dans un premier temps, la broderie était employée dans des circonstances très précises :
« La broderie, loin d’être un art d’agrément, remplissait une fonction sociale (honorer un supérieur, une divinité) ou illustrait une conception religieuse et philosophique. Elle était donc d’une inspiration essentiellement rituelle et cérémonielle. En dehors des sentences parallèles dont il existait des recueils imprimés, les figures emblématiques les plus souvent reproduites étaient les animaux surnaturels (dragon, licorne, tortue et phénix) ; les cinq bonheurs (richesse, longévité, santé, tranquillité, bonne mort, figurés par cinq chauves-souris groupées en quinconce, les ailes déployées) ; les huit objets précieux : les deux flûtes accouplées, la guitare et le khanh (instrument à vent polyphonique), symbolisent la musique ; la corbeille à fleurs symbolise la jeunesse, l’épanouissement de la nature et le plaisir des yeux ; l’éventail, la beauté féminine et la grâce tempérante ; le livre, la science et la sagesse ; les tablettes à écrire, la littérature ; la calebasse, l’abondance. » (P. Huard et M. Durand, 1954)

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply